L’ACiDe Bruxelles organisait ce samedi 31 janvier 2015 une action de sensibilisation sur la dette illégitime et ses conséquences sur notre vie au quotidien. Le dernier jour des soldes semblait tout indiqué pour interpeller les citoyen-ne-s sur la braderie organisée de nos services publics au nom d’une dette qui n’a pas servi les intérêts de la population. Chaque membre de l’ACiDe incarnait l’un des postes budgétaires de l’Etat (allocations de chômage, allocations familiales, pensions, santé, et … l’étouffant paiement de la dette) avec sur son déguisement le pourcentage de fonds publics alloués chaque année pour assurer son financement.

Le but de cette action? Mettre en perspective ces dépenses publiques essentielles pour la société face au très lourd coût du remboursement de la dette belge (20% du budget fédéral en 2012 !).

Le but de cette action? Mettre en perspective ces dépenses publiques essentielles pour la société face au très lourd coût du remboursement de la dette belge (20% du budget fédéral en 2012 !).

Samedi 14h, place de la Monnaie, face à la rue neuve, la plus importante rue commerçante de Bruxelles, notre stand était prêt. Liquidation totale, tout doit disparaître! Au prétexte de réduire une dette publique trop importante, nos gouvernements mènent une partie sans cesse grandissante de la population à la précarité. Les services publics sont constamment affaiblis tandis que les banques sont quant à elles renflouées sans contrepartie, sans condition aucune. Voici la teneur du message que nous voulions faire passer.

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La dizaine de militant-e-s de l’ACiDe Bruxelles venue échanger avec les passant-e-s sur la dette a pu remarquer que ce sujet touche beaucoup de monde. Il éveille la curiosité et même si rares sont ceux qui s’y retrouvent dans le langage technique de l’économie, beaucoup sont d’accords pour affirmer que le paiement de la dette est démesuré. Nombreuses sont les personnes rencontrées qui nous ont parlé de leurs difficultés à payer leurs factures, à finir le mois.

Vient alors la fatalité omniprésente: « oui mais on ne peut rien faire … ». Vraiment?

Un audit, un outil rarement voire jamais mis en avant dans les médias, permettrait de questionner les dépenses et les recettes de l’Etat, de voir la part de la dette qui n’a pas profité à la population, la dette illégitime. C’est la raison pour laquelle a été créé l’ACiDe, plateforme d’audit citoyen de la dette publique en Belgique, composée d’une trentaine d’organisations et d’une dizaine de groupes locaux à travers la Belgique. L’ACiDe Bruxelles, le groupe d’audit de la capitale, a choisi de porter son action sur les conséquences des sauvetages bancaires pour les communes bruxelloises. Ce samedi, c’était pour nous l’occasion d’interpeller directement les citoyen-ne-s.

L’ACiDe Bruxelles, le groupe d’audit de la capitale, a choisi de porter son action sur les conséquences des sauvetages bancaires pour les communes bruxelloises.

33 milliards d’euros nets1 ! C’est la somme qu’a emprunté l’Etat belge aux marchés financiers pour financer le sauvetage de plusieurs banques et assurances (Fortis, KBC, Dexia et Ethias). Alors que la dette des Etats européens se retrouve dans le collimateur de la Commission européenne, le trou creusé dans les finances publiques par le sauvetage des institutions financières dites « systémiques »2 suite à la crise de subprimes reste désespérément béant. D’un point de vue plus global, les pays de l’Union européenne ont injecté 1106,6 milliards d’euros d’aide publique pour sauver les banques. A cela s’ajoutent 4500 milliards d’euros de garantie3. La gestion catastrophique de la crise financière de 2008 ainsi que le parti pris des politiques européens de courir à la rescousse des banques a terriblement alourdi le fardeau de la dette pour l’ensemble des pays européens. Le cas le plus éclairant est sans doute celui de l’Irlande qui a vu sa dette publique augmenter de 40,5 points à la fin de l’année 2012. Un autre exemple signifiant est celui de l’Espagne. Avant la crise de 2008, la dette publique espagnole représentait moins de 36% du PIB4. Entre 2008 et 2013, cette dernière a plus que doublé 5 !

Face à ces caisses publiques substantiellement vidées, comment réagissent nos responsables politiques belges et européens ? Par un contrôle sévère de tous types de dépenses publiques, par des coupes dans les prestations sociales et par une diminution drastique des investissements publics dans l’éducation, les soins de santé, les allocations sociales, la recherche, la culture, la protection de l’environnement ainsi que dans de nombreux autres secteurs sociaux de base….

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Bref, en appliquant l’austérité généralisée! En Belgique ces mesures se sont entre autres traduites par la dégressivité des allocations de chômage, la suppression des allocations d’insertion pour les jeunes de plus de 25 ans, une diminution de la part allouée à l’aide aux pays en voie de développement et surtout par l’exclusion 50 à 55 000 personnes du chômage6. Ces politiques qui détricotent violemment nos acquis sociaux sont-elles une réelle solution pour renflouer les caisses publiques ? Les pays européens qui ont tristement servi de « laboratoires » pour les apprentis sorciers du remboursement de la dette prouvent le contraire. Ainsi, la Grèce à qui a été imposée l’ultra-orthodoxie budgétaire s’est vue totalement embourbée dans une crise économique, sociale et humanitaire sans précédent. Ironie du sort, l’austérité imposée au pays a produit l’effet complètement inverse de l’objectif déclaré des décideurs politiques et de la Troîka : entre 2009 et 2014, la dette publique grecque a augmenté de 60 points pour atteindre 177% du PIB !

Ironie du sort, l’austérité imposée au pays a produit l’effet complètement inverse de l’objectif déclaré des décideurs politiques et de la Troîka : entre 2009 et 2014, la dette publique grecque a augmenté de 60 points pour atteindre 177% du PIB !

En plus d’être inefficaces, ces mesures sont particulièrement injustes : elles ne touchent pas les responsables de la crise, les institutions financières, mais bien les 99% et parmi eux, ceux et celles qui sont déjà les plus précaires. Pourquoi devrions-nous accepter une socialisation des pertes lorsque nous n’avons jamais vu la couleur d’une socialisation des gains ? Pourquoi accepterions-nous de solder nos acquis sociaux pour rembourser la dette illégitime des banques ?

En Belgique, comme ailleurs en Europe, nous ne voulons pas de cette austérité que nous imposent nos gouvernements et nous nous organisons en collectifs pour mener un audit citoyen de la dette afin d’en annuler toute la part illégitime.

N’hésitez pas à nous rejoindre en prenant contact avec nous via le site : www.auditcitoyen.be

1 Sans compter les intérêts
2 Banque dont la taille est tellement importante qu’une éventuelle faillite provoquerait un effondrement de l’ensemble du système financier par un effet « domino »
3 C’est-à-dire que les Etats se portent garants en cas de faillite ou de défaut de paiement de la part des institutions financières qui en bénéficient
4 Produit Intérieur Brut
5 La spéculation via l’endettement privé au cours du boom immobilier espagnol a mené les banques à accumuler 176 milliards d’euros d’actifs toxiques leur conférant dès lors un caractère hautement « systémique »
6 A partir du 1er janvier 2015 – Chiffres de la FGTB

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