Quelques chiffres clés sur la dette en Belgique

Cet article de Jérémie Cravatte a été publié dans le trimestriel n°93 (avril-juin 2018) d’ATTAC-Liège

La dette privée est beaucoup plus élevée (85% de la dette totale) que la dette publique (15%). La dette publique s’élève aujourd’hui à ≃ 465 milliards d’euros, soit ≃ 103 % du PIB. En valeur relative au PIB, c’est la 5e plus importante d’Europe et la 14e au niveau mondial.

92 % du stock de la dette publique totale est à long terme, le reste est à court terme (moins d’un an). Plus de 80% de la dette se présente sous forme d’obligations émises sur les marchés (le reste sous forme de crédits et un tout petit peu sous forme de dépôts). 100% de la dette est aujourd’hui libellée en euros.

La dette fédérale représente 85% de la dette publique totale (la dette communale 5%). L’encours actuel des fameux Bons d’État, destinés aux particuliers, s’élève à ≃ 500 millions d’euros.

Le maximum historique de la dette publique (en valeur réelle) a été atteint en 1993 (près de 140% selon les données « modernes »).

45% de la dette publique est détenue par des investisseurs résidents (c’était 75% il y a vingt ans). Dans son écrasante majorité, elle est détenue par des institutions financières.

Elle coûte en moyenne 42 milliards d’euros par an (dont un peu plus de 10 milliards en intérêts). Nous avons remboursé avec des impôts plus de 550 milliards d’euros d’intérêts depuis 1980.

Or la fraude fiscale représente plus ou moins 30 milliards d’euros par an.

L’impôt sur les sociétés est officiellement de 33,99%, mais dans les faits (l’impôt effectif) il est en moyenne de 12% (et de 1% pour les 50 plus grandes entreprises en termes de bénéfices) – soit un manque à gagner (optimisation fiscale, pas fraude fiscale ici) de plus ou moins 20 milliards d’euros par an.

L’évasion fiscale (qui peut être, selon les cas, de la fraude ou de l’optimisation) s’élève à plus de 200 milliards d’euros par an.

Le budget de l’Etat s’élève à plus ou moins 200 milliards par an (sans compter les emprunts).

Le déficit budgétaire tourne autour de 3% du PIB (soit plus de 10 milliards d’euros) ces dernières années (soit le montant des intérêts).

Les sauvetages bancaires ont coûté 40 milliards d’euros (33 milliards sans les intérêts) entre 2008 et 2012. Ils ont depuis ramené plus ou moins 30 milliards.

Plus d’1/3 de la sécurité sociale est aujourd’hui financé par l’Etat (via l’impôt) qui a organisé son désinvestissement (via la diminution des cotisations sociales).

La dette des ménages (attention, seulement sous forme de crédits – hypothécaires à 80%) s’élève à 266 milliards d’euros.

Le patrimoine financier des ménages est de plus ou moins 1.300 milliards d’euros (leur patrimoine immobilier est estimé plus ou moins au même montant. Mais rappelons que le 1% le plus riche en détiendrait 20%, les 10% les plus riches 50%, les 20% les plus riches 65%, etc. (contre 0,2% pour les 20% les moins riches).

L’épargne présente sur les comptes s’élève à plus ou moins 250 milliards d’euros. Mais rappelons qu’1/3 de la population n’a pas d’épargne.

Plus ou moins 70% de la population majeure est endettée, et 4% en défaut de paiement. Les défauts de paiement des ménages concernent en majorité des petites sommes (la moyenne étant de 3.500 euros). Le montant de l’ensemble des arriérés (sur les crédits, de nouveau) est de 3 milliards d’euros.

50% des personnes avec emploi gagnent moins que le salaire moyen (qui est de 1.900 euros nets).

Les 20% les plus nantis concentreraient plus ou moins 52% de l’ensemble des revenus, alors que les 20% les plus pauvres n’en totaliseraient que plus ou moins 4%.

Le taux de pauvreté est de 16% (21% selon les critères européens plus larges).

Il y a 4,5 millions de personnes employées en Belgique (sur une population totale de 11,3 millions et une population « en âge d’être employée » de 7,3 millions). Seulement 3,6 millions d’entre elles ont un emploi permanent.

Le taux de chômage officiel est de 8%.

1 million de personnes « employées » (soit près de 25% du total) le sont à temps partiel. 84% sont des femmes et on considère que plus de 90% de l’ensemble le sont de manière involontaire.

Plus de ¾ du PIB belge est constitué du secteur tertiaire (services), un cinquième du secteur secondaire (industrie) et très peu du secteur primaire (matières premières).

La part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises est passée de 67 % en 1980 à 57 % aujourd’hui.

Il y a 90 banques en Belgique, dont les bilans cumulés s’élèvent à plus de 1.000 milliards d’euros (sans prendre en compte le hors-bilan). Les 4 plus grosses (BNP Paribas, ING, KBC et Belfius) concentrent plus de 2/3 du marché. Depuis qu’elles ont été sauvées par l’argent public, elles ont détruit 15% de l’emploi et fermé 25% des agences. Leur ROE est de 10% et elles redistribuent 50% de leurs bénéfices en dividendes.

Les créances belges sur d’autres pays s’élèvent à moins de 5 milliards et, surtout, elles ne représentent que quelques dizaines de millions d’euros de « rentrées » (odieuses) par an.

L’aide publique au développement s’élève à 0,5% du Revenu national brut (soit moins de 2 milliards d’euros) et profite principalement à la Belgique.

Les investissements publics ont chuté de moitié en 25 ans. Les investissements communaux représentent 40% de l’ensemble de ces investissements publics (pour 5% de la dette publique).

Toutes les illustrations sont de Pierre Gottiniaux

Toutes les sources des chiffres sont disponibles sur demande

2 réflexions sur « Quelques chiffres clés sur la dette en Belgique »

  1. Rien d’étonnant à ce que 50% des personnes avec emploi gagnent moins que la moyenne des salaires il me semble… Cela fait 50% d’employés qui gagnent plus que la moyenne: c’est la définition même de ce mot.
    Ou est-ce que je me trompe?

    Mais c ‘est assez accessoire face à votre très bon travail d’information.

    J’ai une question plus cruciale: est-il possible d’annuler la dette publique et qu’en seraient les conséquences?

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      Vous faites erreur, cela serait automatique si on parlait du salaire médian, pas du salaire moyen.
      Au risque de paraître un peu professoral (désolé si c’est complètement inutile), je me permets d’illustrer par un exemple: Une personne gagne 1.000 euros par mois, une deuxième gagne 1.200 € par mois, une troisième personne 1.500€ par mois et une quatrième 100.000€ par mois. Le salaire médian dans cet exemple est de 1.350€. C’est la valeur « du milieu » de la série. Dans le calcul de la médiane salariale, 50% gagnent plus et 50% gagnent moins, quelques soient les chiffres ou le nombre de personnes étudiées. Pour le même exemple, la moyenne salariale serait de 25.887,50€ par mois. Comme vous le voyez, c’est la somme de tous les salaires divisée par le nombre de personnes. Et dans cet exemple, 75% gagnent moins et 25% gagnent plus que la moyenne salariale.
      Le fait qu’il y ait 50% des salariés en Belgique qui gagnent moins que la moyenne (et donc, dans ce cas-ci, en effet, 50% gagnent plus) n’est donc pas automatique. Nous sommes en train d’actualiser ces chiffres et il semblerait (mais ça reste à confirmer) qu’aujourd’hui, ce soit PLUS de 50% des salariés qui touchent moins que la moyenne salariale (et que le salaire médian est donc devenu moins élevé que le salaire moyen. Nos chiffres provisoires seraient de +-2.050€ pour le salaire moyen et +- 1.870€ pour le salaire médian), ce qui relève un accroissement des inégalités de salaires. Et puis ce chiffre à lui tout seul ne dit pas grand chose puisque outre la moyenne, il s’agit également de voir la répartition des salaires particulièrement élevés et celle des salaires bas. Et là, le paragraphe suivant dans le texte (celui avec l’accaparement des richesses) est plus éclairant.

      Quant à la question de l’annulation de la dette, oui c’est tout à fait possible. Mais ce n’est pas en quelques lignes (qui seront nécessairement un peu caricaturales) que je vais pouvoir vous le démontrer. Je vous invite à vous référer, entre autres, aux études du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) dans lesquelles vous trouverez de nombreuses réponses. En essayant tout de même de faire bref, voici ce que je peux vous dire: Il s’agit d’un choix politique que d’autres pays ont fait par le passé sans pour autant s’effondrer, au contraire. Le livre « Le système dette » d’Eric Toussaint (2017) relève de nombreux événements historiques qui démontrent cela. Toutefois, il est clair qu’il existe des obstacles à la réalisation de cette annulation et que celle-ci ne suffit pas en tant que telle à garantir l’avènement d’une justice fiscale, économique et financière pour tou·te·s. Au niveau des obstacles, il s’agirait que les gouvernements choisissent, via des mesures souveraines unilatérales, de désobéir aux traités européens qui enferment les pays dans un carcan néo-libéral et austéritaire de plus en plus étroit. Pour ce faire, il faudra au préalable réaliser un audit de la dette, reconnu par le gouvernement, pour démontrer à tous et toutes de manière très claire ses parts illégitimes, odieuses, insoutenables et/ou illégales (et il y a déjà du chemin avant que le gouvernement n’accepte rien que cela!). Cela démontrera clairement que nous n’avons aucune raison de rembourser cette dette. Ensuite, il est certain que rien ne se passera s’il n’y a pas un appui populaire fort pour prendre la décision radicale de désobéir et de ne plus rembourser. La clé est là. La conséquence immédiate d’un non-payement de la dette serait l’engagement d’un bras de fer entre les créanciers privés et l’UE d’une part et le pays qui suspend sa dette d’autre part. Il s’agira dès lors de faire valoir les droits souverains du pays débiteur et de la primauté des droits humains de sa population sur les droits des créanciers (cette primauté étant par ailleurs reconnue par plusieurs sources juridiques, dont des conventions de l’ONU et même par des traités européens). Et il est également clair que l’effet, auprès de l’UE et auprès des créanciers privés internationaux ne sera pas le même si c’est la Belgique seule qui fait cela ou si c’est la France ou un autre grand pays européen ou si c’est une coalition de plusieurs pays. Il s’agit donc de faire exister une mobilisation populaire internationale pour pousser les gouvernements dans ce sens et c’est ce que nous et d’autres plateformes d’audit en Europe essayons de faire. Une fois cette dette annulée, il s’agira de trouver très rapidement d’autres sources de financement que les marchés financiers desquels se sont rendus de plus en plus dépendants les états depuis les années 1980, de remettre en marche (en tenant compte des contraintes écologiques) la machine économique au service de la population, ainsi que de procéder à une dévaluation de la monnaie (ce qui implique donc nécessairement une reprise en main du cours de celle-ci des mains de la BCE, que ce soit toujours l’euro ou non). Il s’agira donc aussi de prendre des mesures réelles et rapides vis-à-vis du gel des mouvements de capitaux (pour lutter contre la fuite de ceux-ci), de l’évasion et de « l’optimisation » fiscales, de la répartition des salaires et des aides sociales, de l’élaboration d’une réelle taxe sur les hauts patrimoines, de la distribution du temps de travail, du contrôle des banques via leur socialisation ainsi que d’autres secteurs stratégiques de l’économie tels que l’agroalimentaire et l’énergie, de prendre des mesures en faveur du droit au logement, de réguler drastiquement la finance, etc. Et si l’histoire a démontré que de telles mesures ne mènent pas au cataclysme décrit par les « experts » néolibéraux (tout du contraire !!!), elle montre également que les créanciers privés ne tardent pas à revenir frapper à la porte de l’état qui avait pourtant fait défaut, pour tenter d’à nouveau lui prêter des fonds… Là où il y du profit, il y a toujours un potentiel investisseur (comprenez « potentiel créancier ») pour chercher à s’en accaparer! Et il s’agira bien sûr de ne pas retomber dans les mêmes travers, cela en mettant en place un contrôle populaire permanent sur la gestion des finances publiques.
      Sacré programme donc… Et la première étape de tout cela est donc l’audit 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *